Sculpteur de femmes
C’est un coin de mode au milieu des restaurants de la rue de Gand, à Lille. Une halte chic où les mannequins de vitrine jouent les pièces de musée. En s’arrêtant devant la boutique, on pense immédiatement à un couturier : Thierry Mugler. Silhouette hyper structurée, taille marquée et féminité à souhait. Une touche année 1980 retravaillée à la manière d’aujourd’hui.
Manuel Hubert ne cache pas son admiration pour le couturier. « Le plus beau compliment m’a été fait par une cliente. Fidèle de Thierry Mugler, elle m’a confié, lorsque la marque s’est arrêtée, avoir enfin trouvé un autre nom à porter. Et c’était moi ».
Manuel a pignon sur rue depuis huit mois. Avant, il exerçait dans son appartement. Il reste discret. De lui, on ne voit que des vêtements posés sur les mannequins. Le jeune homme sait s’effacer au profit du tissu et de la coupe. Il ne sort de son antre que pour vous accueillir.
Son domaine ? Le vêtement sur-mesure, du pantalon à la robe de mariée, « même si évidemment, le sur-mesure est surtout l’apanage de l’évènementiel ». Dans tous les cas, de l’exception puisque de l’unique. « Quand les futures mariées viennent me voir, je préfère travailler sur leur morphologie plutôt que sur une photo découpée dans un magazine. Si elles entrent chez moi, c’est souvent parce qu’elles ont vu la vitrine et aimé le style. Elles le respectent donc. Mais certaines ont des envies plus classiques ou hyper extravagantes ». Et dès le premier rendez-vous, Manuel s’active à coup de croquis pour imaginer la dite robe.
Le charme des ateliers d’antan
Ensuite, il accompagne ses clientes dans les boutiques de tissus. C’est l’occasion de se draper dans les étoffes, de faire quelques essais selon le teint et le tombé désiré. Avec deux à trois essayages en toile -en tissu écru- on peut affiner le résultat, rectifier les erreurs, rallonger, raccourcir, redessiner, compléter, épurer. « On se rend vraiment compte de la robe lors du premier essayage, explique Manuel. Ca a beaucoup de chien, une toile ! Ca a le charme des ateliers d’antan. Qu’importe les silhouettes, moi je suis là pour trouver des solutions. Entre le tissu et la doublure, on rajoute des baleines, de l’entoilage. On re sculpte ». En général, il faut compter trois à quatre semaines pour une première toile, « mais il arrive aussi de faire une robe en un mois. Je finis alors avec les clientes à 23 heures et je bosse le dimanche. C’est une ambiance différente ».
Le troisième essayage, c’est généralement celui du modèle dans le bout de tissu. « Il vit différemment et on retouche donc forcément ». Un quatrième pour régler la longueur selon les chaussures, le cinquième est le bon. Et la robe enfin prête pour le jour J.
Tout cela se passe dans la cave voûtée de la boutique, transformée en salon d’essayage. Briques brutes, large miroir et table à dessin mettent dans l’ambiance. « Je ne suis pas là pour m’imposer, continue Manuel, mais pour travailler. Je ne lis aucun magazine car cela m’orienterait. Je n’aime pas les gens conventionnels. Mes clientes sont le plus souvent des femmes d’affaires. Activent, elles savent ce qu’elles veulent. Elles osent. Ce sont souvent mes idéaux féminins. Et elles me font rêver avec leur monde de luxe à mille lieux de mes origines ». |